Sous-traiter ou recruter un développeur : le calcul réel pour une agence

Coût complet d'un salarié, délai avant productivité, seuil de bascule : les éléments à poser avant de trancher entre embauche et sous-traitance.

Un directeur d’agence m’a dit un jour qu’il allait « arrêter de sous-traiter et enfin recruter un dev ». Six mois plus tard, le poste n’était toujours pas pourvu, deux candidats s’étaient désistés après la promesse d’embauche, et l’agence continuait de sous-traiter, mais dans l’urgence et à des prix qu’elle n’avait pas le temps de négocier.

Ce n’était pas une mauvaise décision. C’était une décision prise sans tenir compte de son calendrier ni de son coût complet.

Les deux options répondent à des besoins différents, et le débat se tranche mieux en regardant le coût réel et le volume de travail qu’avec des principes. Voici les éléments que je poserais sur la table si j’étais de l’autre côté.

Une personne face à deux portes : une pièce pleine et encombrée, une pièce claire et presque vide
Deux portes, deux logiques de coût : la charge fixe d'un poste à remplir, ou la charge variable qu'on déclenche projet par projet.

Ce que coûte vraiment un développeur salarié

Le salaire brut n’est que le début de la facture. À un développeur web confirmé s’ajoutent les charges patronales, le poste de travail et les outils, le recrutement, puis la montée en compétence sur vos process et vos clients. Une fois tout additionné, le coût réel dépasse largement le brut affiché.

Et surtout, ce coût est fixe : le salarié se paie chaque mois, que le carnet de commandes soit plein ou vide. C’est la différence de fond avec un prestataire, qui ne se facture que les jours réellement utilisés.

Le facteur que personne ne chiffre : le délai

Entre la décision de recruter et la première ligne de code réellement productive, il se passe rarement moins de quatre mois.

  • Rédaction de l’annonce et diffusion : 2 à 4 semaines
  • Entretiens et sélection : 3 à 6 semaines
  • Préavis du candidat : 1 à 3 mois
  • Montée en compétence sur vos process, vos clients, votre stack : 4 à 8 semaines

Additionnez, et vous obtenez quatre à sept mois. Pendant toute cette période, les projets continuent d’arriver et il faut bien les produire. Beaucoup d’agences se retrouvent alors à sous-traiter dans les pires conditions : sans avoir pris le temps de choisir, sans relation établie, avec un délai déjà entamé.

Ajoutez le risque d’échec du recrutement. Une période d’essai qui ne se confirme pas, un candidat qui se désiste, et le compteur repart à zéro.

Ce que la sous-traitance fait bien, et mal

La sous-traitance transforme une charge fixe en coût variable. C’est son avantage central, et il ne se limite pas à la trésorerie : elle permet d’accepter un projet sans engager douze mois de salaire.

Elle apporte aussi une compétence déjà constituée. Un prestataire spécialisé sur WordPress ou Shopify a vu passer les cas tordus, et il ne les découvre pas sur votre projet. Les deux plateformes ne se sous-traitent d’ailleurs pas de la même façon : voir ce qui change côté Shopify.

Mais elle a ses limites, et les taire serait malhonnête de ma part.

Un prestataire externe ne s’imprègne pas de la culture de votre agence comme un salarié qui déjeune avec l’équipe tous les jours. Il n’est pas disponible dans la seconde, parce qu’il a d’autres clients. Et si vous ne travaillez qu’avec des prestataires, votre agence ne capitalise aucune compétence technique en interne : au bout de trois ans, elle sait vendre du web sans savoir en produire, ce qui est une position fragile.

Vue de dessus d'un bureau partagé : un poste complet d'un côté, un poste réduit à un laptop et un chronomètre de l'autre
À gauche, le poste qu'on paie tous les mois, plein ou vide ; à droite, le temps qu'on n'achète que lorsqu'on en a besoin.

Le seuil de bascule

Le calcul se résume à une question simple : de combien de jours de développement avez-vous besoin par mois, de façon prévisible ?

Un salarié devient rentable quand ce besoin est élevé, régulier et durable : il faut assez de travail pour occuper un poste à plein temps, mois après mois, y compris pendant les creux. En dessous de ce niveau, ou dès que le besoin devient irrégulier, la sous-traitance reprend l’avantage, parce que vous ne payez que les jours réellement utilisés plutôt qu’un salaire fixe.

Entre les deux, c’est la régularité du flux qui tranche, bien plus que le tarif à la journée. Un besoin en dents de scie penche vers la sous-traitance, un besoin stable et prévisible vers l’embauche.

Le mot important est « prévisible ». Une agence qui a connu trois mois chargés n’a pas pour autant un besoin stable. Le piège classique consiste à recruter sur un pic et à porter la charge pendant le creux qui suit.

La solution que la plupart des agences finissent par adopter

Après quelques années, la majorité des agences avec lesquelles je travaille ne choisissent plus entre les deux. Elles font les deux, et se répartissent le travail selon une ligne assez nette.

L’équipe interne garde ce qui fait la valeur de l’agence : la relation client, la stratégie, la direction artistique, l’arbitrage technique. Le partenaire technique apporte la capacité de production, l’expertise spécialisée et la fiabilité d’exécution qui transforment cette vision en un produit solide.

Cette organisation a un effet secondaire utile. Elle rend l’embauche moins urgente et donc mieux faite. Une agence qui dispose déjà d’un partenaire de production peut recruter au bon moment, sur le bon profil, sans la pression du projet qui commence lundi.

Les trois questions à poser avant de trancher

Si la décision reste ouverte, ces trois questions la simplifient plus qu’un tableau comparatif.

  1. Sur les douze derniers mois, combien de jours de développement avez-vous réellement consommés ? Pas estimés : consommés, facture à l’appui. La réponse est souvent inférieure à l’intuition.
  2. Ce volume est-il régulier ou concentré sur quelques mois ? Un besoin saisonnier ne justifie pas une charge fixe annuelle.
  3. Que se passe-t-il si le carnet se vide pendant un trimestre ? Si la réponse est « on serait en difficulté », l’embauche est prématurée.

Ce que je dirais à ce directeur d’agence, aujourd’hui

Recruter n’est pas une promotion et sous-traiter n’est pas un aveu de faiblesse. Ce sont deux façons de sécuriser une capacité de développement, avec des profils de risque opposés : l’une engage sur la durée et se rentabilise dans la stabilité, l’autre s’ajuste au mois et se paie plus cher à la journée.

L’erreur n’est pas de choisir l’une ou l’autre. Elle est de choisir sans avoir posé le volume réel, la régularité, et le délai avant productivité.

Si vous êtes dans la phase intermédiaire, celle où le besoin est réel mais pas encore assez stable pour un poste, c’est précisément le terrain de la sous-traitance web en marque blanche pour agences : périmètre écrit, prix ferme, et rien à porter les mois creux. Et si la question qui vient ensuite est celle du prix, elle est traitée en détail dans notre article sur le coût de la sous-traitance d’un site WordPress.